Un été au bout du monde

Après une enfance dans le Haut Pilat ligérien et un voyage de noces en Islande, je pensais avoir déjà tout vécu en termes d’été polaire (oh, elle exagère…). C’était avant de mettre les pieds en Terre de Feu et de connaître l’été austral : 7°C à la fin du mois de février (l’équivalent de notre mois d’août), des pics de températures à 14°C, des pluies glaciales, et cinq journées ensoleillées par an (on en a eu 2, la chance !). On exhume bonnets, écharpes, gants, manteaux, collants sous les pantalons, on augmente le chauffage et on sourit parce que, malgré la température extérieure, on est contents d’être au bout du monde !

Nous sommes arrivés sur l’île par une traversée Punta Arenas (ville dans laquelle la municipalité installe des cordes durant l’hiver pour que les gens puissent circuler dans les rues les jours de grand vent, ça fait envie !) – Porvenir. Notre arrivée dans la partie chilienne a été humide et fraîche, on a visité le paisible village de Porvenir (ça c’est la version guide touristique, moi je dirais plutôt morne et désertique bourgade perdue au milieu de rien, au bout du monde civilisé, mais chacun son point de vue), on a vu quelques dauphins de Beagle et on a filé en direction de l’Argentine, en passant par la petite colonie de manchots empereur, la seule hors Antarctique, plus grands et plus élégants que leurs cousins de Magellan.

Après 50 kms de piste chaotique, sous une pluie battante, avec des éclaboussures de boue à chaque nid de poule (soit tous les 50 cms), nous avons repassé la frontière argentine. Pour fêter ça, on a dormi dans une station service YPF rutilante, en compagnie des deux étudiantes chiliennes qui ont voyagé avec nous pendant deux jours et qui ont planté leur tente sur le tarmac, à 3m des pompes, au milieu des klaxons de pick up, toujours sous la pluie : idyllique !

Le ciel s’est dégagé le lendemain et nous sommes entrés dans la partie la plus spectaculaire de l’Ile. Nous y sommes restés une petite semaine, entre Tolhuin et Ushuaia, en passant par l’estancia Hamberton et le Parc National Terre de Feu. Les forêts de hêtres (les lengas) aux feuilles minuscules, la corolle blanche du glacier Martial au-dessus d’Ushuaia, les lacs d’opale, le bleu roi du canal de Beagle, les sommets enneigés de la Cordillère de Darwin au loin (l’une des dernières régions de la planète qui offre des endroits encore inexplorés), les façades colorées des maisons, l’ambiance très touristique mais agréable de la ville la plus australe du monde, les ocres des tourbières, la nature sauvage, les petites cabanes en bois pour l’asado du dimanche : on a vraiment apprécié nos vacances à la pointe des Amériques ! Les arbres nous manquaient ! Le lieu est symbolique et c’est avec une certaine émotion qu’on s’imagine face à l’Antartique et dos au continent, à des milliers de kms de l’Alaska. Nous avons dit adieu à la route 3 avant de nous jeter corps, âmes et pneumatiques sur la route 40 qui nous mènera à l’autre extrémité de l’Argentine…

Nous aurons mis un bon mois pour descendre de Montevideo, le long de la Ruta 3. La plupart des voyageurs font cette partie très rapidement parce que ce n’est pas la plus intéressante, certains en quelques jours. Il est vrai que les paysages sont loin d’être aussi riches que dans la partie Ouest de la Patagonie mais nous ne regrettons pas notre découverte de la côte Est. Comme nous avons traversé des lieux peu touristiques, ou seulement visités par des Argentins, nous avons fait des rencontres très facilement. C’est un peu plus difficile depuis que nous sommes dans des régions fréquentées par de nombreux voyageurs étrangers, d’autant que les températures ne favorisent pas la vie sociale… En revanche, nous avons croisé pléthore de voyageurs au long cours depuis notre approche d’Ushuaia, principalement des Allemands et des Français. Et il faut bien avouer qu’on fait pâle figure avec nos petits sept mois de voyage face à ceux qui usent leur carrosserie sur les routes du monde pendant deux, trois ans, voire plus. Il semblerait, à voir tous ces assoiffés de nouveaux horizons, que le voyage à quatre roues soit un virus bien résistant… Ceux qui sont sur la fin parlent déjà des prochains itinéraires, tout en échangeant bons plans et bonnes idées aux nouveaux partis. On parle mécanique autour d’un bol d’olives, qualité du ripio en buvant un verre de bière et on s’échange les blogs. D’ailleurs je ferai bientôt une page avec tous les liens vers les blogs de voyageurs que l’on croise. On a appris au passage que la France était un pays privilégié car l’école à la maison est interdite dans certains pays, comme en Allemagne.

A Ushuaia, nous avons également rencontré Monica, artiste peintre engagée dans la préservation d’un vieux bois au centre de la ville. Elle nous a fait découvrir son travail et nous a parlé un peu de la vie ici (oui, parce que forcément un territoire dans lequel tu ne peux pas entrer sans chaînes à neige, même en été, ça fait naître des questions).

Les parents d’Etienne nous ont rejoints pour une dizaine de jours. Apolline avait décoré un panneau en bois pour l’occasion et l’a tenu ferme pendant les 30mns d’attente à l’aéroport.

Nous avons pris avec eux la direction du Nord et du Parc National Los Glaciares, en laissant derrière nous la première partie de notre voyage. Sur la route, nous avons visité le Parc chilien Pali Aike (les terres du diable…) et ses cratères volcaniques. Et nous avons retrouvé le vent de Patagonie, qui ne nous manquait pas…

C’est la fin des vacances scolaires ici, les supermarchés multiplient les présentoirs de cahiers, stylos et uniformes bleu marine depuis quelques semaines, la canicule sévit dans le Nord (on a du mal à le croire nous) et les routes se vident (encore plus).



Bientôt des glaciers, les débuts de la route 40 et l’épisode n°2 !

Despuès de un desvio hacia el parque nacional Torres del Paine en Chile, hemos tomado de nuevo la direcion del fin del mundo, pasando por Puerto Natales, Punta Arenas, Porvenir (con el barco), la colonia de los pinguinos Rey, Rio Grande y Tolhuin hasta Ushuaia. Hace mucho frio aqui (8°C !) pero la calefaccion del camion funciona bien. Hemos encontrado a los padres de Etienne el 22 de febrero para viajar con ellos al parque Los Glaciares (Argentina).

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2 réponses à Un été au bout du monde

  1. Catherine Allirot dit :

    Waooouuuhhhhh… superbes paysages.
    Bravo pour les commentaires d’ Amélie qui donnent envie d’être avec vous.
    Continuez à nous faire voyager si agréablement.
    Bises.

  2. chrichri dit :

    Tu as perdu combien de kilos Etienne ??

    Magnifiques photos sinon, comme d’habitude 🙂

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