Au pied des volcans

Extérieur jour. Un camion bleu gendarmerie seul sur un parking de terre battue. En face, un lac, une sierra enneigée parsemée d’araucarias centenaires ou millénaires. A gauche, un volcan momentanément assoupi pointe ses parois de lave noires et rouges vers le ciel, au-dessus des forêts de hêtres. Coucher de soleil, impression (plutôt fondée) d’être un peu seuls au monde. Nous avons ainsi traversé, en sauts de puce et avec ravissement, la région des lacs et l’Araucanie, au Sud Chili, avec un bref pas de côté vers la route des lacs argentins. Retour sur parcours.

Après Chiloé, nous sommes allés à Puerto Varas, petite ville huppée et germanique, face au volcan Osorno, sur le bord d’un très beau lac (Annecy avec accent chilien et Appfel strüdel à chaque coin de rue). Nous y avons rencontré des amies de la marraine franco-chilienne d’Apolline : Tania, sa soeur Anaïs et leurs familles respectives nous ont accueillis si chaleureusement et tout le monde s’est si bien entendu, parents comme enfants, que la petite halte autour d’un café s’est transformée en séjour de trois jours chez l’une, chez l’autre. Tania nous fait visiter la fondation dans laquelle elle travaille et qui a vocation de protéger les espèces animalières menacées : nous y découvrons des pumas, des poudous (le plus petit cervidé au monde), un chat sauvage, des hiboux, des perroquets dans un très bel endroit, entre cours d’eau et forêts aquaphiles (pour en savoir plus : www.romahue.cl).

Nous prenons ensuite la direction de l’Argentine pour parcourir la fameuse route des sept lacs, jusqu’à San Martin de los Andes. Nous croisons au passage les personnes qui célèbrent la fin de la dictature militaire, le 24 Mars. C’est l’occasion de faire de belles randonnées même si les lacs argentins nous semblent un peu fades face à leurs homologues de l’autre côté des Andes (en espérant qu’aucun oeil argentin ne tombe sur ces lignes…).

Nous revenons au Chili, au parc Villarica autour du volcan du même nom. Nous y sommes presque seuls. Une belle rando nous mène jusqu’au pied du volcan, avec une vue panoramique sur les sommets alentour, splendide ! La station grouillante de Pucon, haut lieu du tourisme chilien, est déserte, hors saison oblige.

Même impression au parc Conguillo et à la réserve Malalcahuello : araucarias millénaires, immenses forêts accueillant le carpintero negro, un pic en voie d’extinction, troncs d’arbres jaillissant de lacs émeraude, pistes dignes d’une traversée de Mars : ces deux parcs font crépiter la rétine et frétiller les mollets. Nos voisins de bivouacs sont une famille franco-colombienne qui commence un voyage de deux ans en Amérique, à bord d’un combi VW T4.

Nous avons passé deux semaines en territoire mapuche, dans cette région qui nous a conquis ! C’est la première fois depuis le début de notre voyage que nous traversons un endroit où on se dit qu’il doit faire bon vivre.

Au fil des conversations et des semaines, on prend la mesure de la vie ici. Et, même si le décor est merveilleux, l’envers, c’est-à-dire la réalité sociale, économique et politique l’est un peu moins. Le Chili est en effet l’un des pays qui concentre le plus d’inégalités au monde. 90% des richesses sont détenues par 10% de sa population. La classe moyenne est née au lendemain de la dictature et peine à émerger. On voit surtout des très riches d’un côté et des très pauvres de l’autre. Le système scolaire et universitaire est terriblement inégalitaire : l’enseignement public n’attire que très peu de professeurs, faute de subventions conséquentes et donc de promesses de salaires décents. La seule voie pour espérer faire des études reste l’enseignement privé, très cher (environ 400-500 euros par mois, quel que soit le salaire, en sachant que le salaire moyen se situe à un peu moins de 1000 euros). L’université coûte aussi plusieurs centaines d’euros par mois. En bref, si tu nais dans une famille avec peu de ressources, inutile d’espérer devenir médecin ou architecte. Quant au système de santé, c’est encore pire. Les hôpitaux et cabinets publics sont de piètre qualité et leurs listes d’attente sont très longues. Beaucoup de gens meurent parce qu’ils ne peuvent payer les soins de leur cancer ou parce qu’ils n’avaient pas de quoi consulter un spécialiste en privé et que la liste d’attente était trop longue en public. Même si on en était déjà convaincus, on se redit qu’on est vraiment chanceux de vivre dans un pays où, même si le quart monde est une réalité, tu peux au moins espérer guérir de ton AVC même si tu n’as pas de salaire.

Chacun fait des progrès en Espagnol, à partir de son niveau de départ, Célestin dit « Hola, gracias, ciao », Apolline comprend des phrases très simples en contexte, Etienne perfectionne son mélange hispano-anglo-franco-roumain (avec un zeste d’Allemand en cas d’urgence) très efficace dans toute situation et moi j’aiguise mon « ch » argentin et mes « po » chiliens qui, à raison de 3 par phrases, en fin de mots, associés à un « ya » (au lieu de si) et un « catchay » placé au bon moment nous font gagner les entrées « nationaux » dans les parcs (bon, à condition de ne pas s’appesantir dans la conversation, de prendre 5 cafés auparavant pour être capable de parler aussi vite qu’un Chilien, de rester laconique et de mettre un chapeau aux trois autres membres de la famille, assez peu latinos dans l’apparence…).

On expérimente aussi la liberté du voyageur. Elle s’exprime surtout par la multitude petits choix à faire au quotidien (quelle route prendre ? que faire aujourd’hui ? où dormir ?) : c’est parfois un peu fatigant, ça implique d’assumer ses choix mais c’est tellement grisant !

Les cascades ont ensuite laissé place aux vignes, les routes de traverse à la panaméricaine et les araucarias aux immeubles de Santiago mais ce sera l’objet du prochain article…

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5 réponses à Au pied des volcans

  1. Delphine M dit :

    C’est toujours très drôle et très instructif!! Merci! J’adore la didascalie initiale 😉
    Bises à vous quatre!!

  2. RIOCREUX Norbert dit :

    Hola qué tal !
    Merci de nous faire partager votre aventure !
    Avec quelques jours de retard et d’heures d’avance, nous souhaitons un joyeux anniversaire à Célestin et à Amélie.
    Bises à vous quatre,
    Nono, cloclo, coco et Maylis.

  3. Laporte dit :

    J’adore vous lire! les photos sont superbes! On vous espère en forme, ça a l’air en tout cas…
    Bon anniversaire Etienne!

  4. thil dit :

    c’est un grand plaisir de pouvoir voyager avec vous
    bravo et merci

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