Le sud bolivien, entre sel et sucre

Quelques nouvelles sucré-salé de l’altiplano :

nous avons passé la frontière bolivienne à Villazon, l’homologue bolivienne de La Quiaca, il y a quinze jours maintenant. En quelques minutes, nous avons été plongés dans une toute autre atmosphère : les vendeuses de légumes au sol, les tissus colorés, les mobylettes nimbées d’un halo noirâtre de mauvais diesel, les bébés dans le dos des femmes chapeautées, les kiosques de brochettes de viande et d’empanadas, les rues plus sales, les magasins de téléphonie…nous étions très contents d’être dépaysés par une culture un peu moins européanisée qu’au Chili et en Argentine.

Spéciale dédicace !

Nous avons d’abord pris la direction du Salar d’Uyuni. Il s’agit de la plus grande réserve de sel au monde, à 3700m d’altitude, au Sud-Ouest du pays. Recouverte par un immense lac, cette partie de l’altiplano s’est progressivement asséchée et a laissé les minéraux provenant des montagnes alentour s’accumuler. Le salar est aussi l’une des plus grandes réserves de lithium de la planète, ce qui pourrait bien changer son aspect dans les prochaines années car la Bolivie va commencer à mettre en place son extraction (le lithium est notamment indispensable à la fabrication des smartphones…). Littéralement posée au milieu d’un paysage désertique, la petite ville d’Uyuni n’a pas grand intérêt, si ce n’est son cimetière de locomotives et de vieux wagons qui servaient au transport du sel : on s’imagine dans un thriller en noir et blanc.

Vitruve…

C’est là, à l’angle d’une station service poussiéreuse que nous sommes tombés capot à capot avec Bruno et Marie-Anne, nos deux retraités aventuriers, ceux que l’on rencontre dans les endroits les plus improbables depuis l’extrême Sud chilien. Ils revenaient tout juste de leur traversée du Sud Lipez, à la frontière chilienne, avec une autre famille française. Le lendemain, c’est en escadrille de 5 véhicules français regroupés sur le même point Ioverlander (4 camping-car et un fourgon profilé) que nous avons commencé la piste qui traverse le Salar.

Ah voyager, découvrir d’autres cultures, vivre en harmonie avec la nature, faire l’expérience de la solitude des grands espaces, aller vers l’inconnu 😉

Normalement, le Salar c’est un paysage de rêve : le bleu du ciel, le blanc du sel, des îles flottantes de cactus, des volcans à l’horizon. Pour nous, c’était plutôt le blanc du ciel, le blanc du sel, des montagnes derrière les nuages et surtout un froid glacial ! Nous avons quand même passé une belle journée à faire la course sur les alvéoles de sel au sol, à discuter, à jouer avec la perspective et même à faire des chorégraphies à quatre roues filmées au drone (si si).

Toujours accompagnés par nos deux autostoppeurs, baby-sitters, personnels de bord, depuis la frontière, Sylvain et Sophie, nous avons ensuite rejoint Potosi. Classée à l’Unesco, Potosi est la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde, à un peu plus de 4000m d’altitude. Elle a un passé absolument fabuleux. Nous sommes en 1544 : Diego, jeune Inca, part à la recherche de son lama égaré et s’arrête pour faire un feu. C’est alors qu’un liquide brillant émerge et strie le sol. Le Cerro Rico, au-dessus de la ville, regorge d’argent, pour le plus grand intérêt des conquistadors espagnols. Certains économistes et historiens considèrent que le capitalisme serait né en partie à Potosi, dont les initiales ont d’ailleurs donné le sigle du dollar. Pendant trois siècles, l’argent de Potosi va abreuver la couronne espagnole et faire périr 8 millions d’indigènes, de prisonniers espagnols et d’esclaves africains. Au 16ème siècle, elle est l’une des plus grandes villes de la planète, devant Paris ou Londres. Sa gloire s’est effondrée en même temps que le cours de l’argent, au 19ème siècle, mais les mines sont toujours exploitées aujourd’hui et pour une vingtaine d’années encore selon les prévisions. La splendeur passée de Potosi se reflète dans ses bâtiments coloniaux, dans ses ruelles que l’on parcourt à bout de souflle (peu d’oxygène, beaucoup de pots d’échappement…), dans sa Casa de la monedad où étaient frappées les monnaies espagnoles. C’est vraiment une ville singulière, à mi-chemin entre Germinal et les Mystérieuses cités d’or.

Nous sommes ensuite allés dans la capitale de la Bolivie : La Paz ? Non !!! Sucre ! (Oui, au passage, ce sont des années de jeu des capitales durant les trajets en voiture de mon enfance qui se sont effondrés : la capitale constitutionnelle de la Bolivie c’est Sucre, pas La Paz.) Bref, nous avons donc visité la belle et blanche Sucre, ses couvents, ses musées (on a d’ailleurs appris que plusieurs civilisations pré-colombiennes des environs avaient l’habitude de déformer le crâne des nouveaux-nés, en signe de haute naissance), ses cafés, ses rues, sa cimenterie où ont été découvertes des empreintes de dinosaures. On est tombés sous le charme : c’est vraiment la ville que l’on a préférée parmi toutes celles que l’on a visitées depuis le début de notre voyage.

Traces de dinosaures…

La bosse inca

Le couvent de San Felipe à Sucre

On dit souvent que les Boliviens des hauts plateaux sont fermés et froids. Pour le moment, on a pourtant rencontré des gens plutôt loquaces, souriants et très sympas. Ici aussi, nos enfants ont un succès fou, ce qui aide sans doute à lier contact… La langue principale du Sud bolivien est le quechua et les habitants des campagnes ne parlent pas toujours castillan, ou avec un très fort accent (et une dentition souvent bien clairsemée pour les plus vieux qui ne facilite pas vraiment la compréhension…).

Il y a beaucoup moins de voitures qu’au Chili et en Argentine, les habitations semblent plus rustiques, on sent que c’est un pays nettement plus pauvre. Et pourtant, le réseau téléphonique fonctionne bien mieux, même en pleine montagne. La nourriture ne coûte rien, ce qui fait du bien au budget de fin de voyage ! Les avocats sont délicieux, tout comme les fruits exotiques, et j’ai enfin trouvé du vrai chocolat noir ! Pour avoir du diesel au prix national (30 centimes le litre contre 1 euro 10 pour les touristes), on remplit notre réservoir avec des bidons, c’est un peu long mais ça vaut le coup.

On sent que les traditions quechua et aymara sont encore bien présentes et que les Boliviens ont à coeur de les préserver. La plupart des femmes sont habillées de manière traditionnelle (jupon, chapeau, chemisier et surtout foulard de portage coloré dans le dos). Le Quechua et l’Aymara sont enseignées à l’école au même titre que l’Espagnol depuis quelques années. Les champs sont divisés en petites parcelles familiales et il y a plein de hameaux parsemés. Et ce qui est étonnant, c’est qu’il y a toujours quelqu’un au bord des routes : de vielles dames qui regardent passer bus et voitures, des balayeurs de bas côté sortis dont ne sait où, des enfants en uniforme d’école, des gardiens de chèvre. On est loin des routes désertiques du Sud argentin. Il n’y a presque pas de clôture ici, ce qui offre de beaux bivouacs en pleine campagne.

Pour résumer, on est ravis d’être en Bolivie !

Bientôt des nouvelles de la vallées fertile de Cochabamba…

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Une réponse à Le sud bolivien, entre sel et sucre

  1. Riga dit :

    Bonjour,
    merci pour toutes ces photos et explications … qui font remonter quelques souvenirs de mon voyage bolivien. Pas de problème de « mal des montagnes », un de mes grands souvenirs du Salar et de ses montagnes alentours … Continuer à profiter, certains aurons beaucoup appris et grandis en quelques mois !
    Une ancienne coloc du 93 (Tiphaine)

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