Au pays des Trulli

Des sassi, des trulli, des gelati, la mer d’un côté, la mer de l’autre, des murs blancs, des petits bateaux de pêcheurs, des palais baroques et d’immenses palmiers dénudés bercés par le vent : voici le portrait que l’on pourrait brosser des Pouilles, dans lesquelles nous avons passé une belle semaine.

Après la Sicile, nous avons fait le choix de remonter la Calabre presque d’une traite. C’est sans doute une très belle région, peu touristique encore, avec une nature assez sauvage (il y a plusieurs parcs naturels qui nous auraient bien donné envie d’user nos chaussures de rando) mais c’est une région très montagneuse et donc trop fraîche pour nous en cette saison.

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Nous avons ainsi décidé de passer la fin du mois de janvier, avant le ferry pour la Grèce, dans la région des Pouilles. C’est en réalité dans celle de Basilicate, que nous avons commencé, à Matera. C’est l’une des plus vieilles cités au monde et sa spécificité c’est qu’elle a conservé un habitat troglodytique à grande échelle : les sassi, grottes plus ou moins grandes creusées dans le tuf. Jusque dans les années 1950, des familles y vivaient souvent dans des conditions très vétustes. C’était l’une des villes les plus pauvres du Mezzogiorno. Après la seconde guerre mondiale, l’État italien a lancé un grand chantier de relogement avant de valoriser ce patrimoine culturel qui est aujourd’hui classé à l’Unesco. Il y a encore des habitants, dans des conditions plus favorables, et nombre de ces grottes ont aujourd’hui une vocation touristique. L’ensemble est assez aseptisé (quand tu viens de Palerme, ça fait un petit choc quand même) mais vraiment très beau et hors du temps (c’est là que Mel Gibson a tourné La passion du Christ). Encore une fois, il était heureux pour nous d’y être hors saison. En face, une autre colline est creusée de grottes habitées depuis le Paléolithique, ce qui nous a donné l’occasion d’une promenade assez ludique pour les enfants, avec vue imprenable sur la ville, vraiment magnifique.

Nous sommes ensuite passés de sassi en trulli dans les alentours d’Alberobello. C’est encore un habitat assez étonnant. Au départ, un trullo est une petite remise agricole (comme on peut en voir dans les champs drômois par exemple) qui sert d’abri de bergers ou de stockage d’outils. Il a ici une forme conique, avec un toit en pierre et des murs blanchis à la chaux, ce qui lui donne une petite allure de maisons de hobbits. Comme les trulli étaient exemptés d’impôts sur le logement, ils ont peu à peu servi d’habitation bon marché et particulièrement dans la vallée d’Itria. On a souvent construit plusieurs trulli côte à côte, avec des espaces de maison plus classiques autour, le tout au milieu des oliviers et quadrillé par des murs de pierres sèches un peu comme en Ecosse ou au pays de Galles : un décor assez original en somme.

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La ville blanche d’Ostuni un peu plus au Nord Est était très belle mais absolument déserte, tout comme Gallipolli sur la côte ionienne, ce qui enlève un peu d’authenticité. C’était même quelque peu déroutant de voir des villages entiers de maisons de vacances sans âme qui vive en cette saison. Cela nous a donné l’occasion de bivouacs très tranquilles et de longues balades en bord de mer néanmoins. Pour finir, nous avons arpenté les rues baroques de Lecce, surnommée la “Florence du Sud”. A mon avis, c’est un peu usurpé, on est loin de Florence même si les palais et les églises de baroque tardif ont du charme. Les enfants étaient surtout soulagés d’y trouver une gelateria enfin ouverte. Ils ont pu déguster leur dernière glace italienne avant de mettre le cap sur Brindisi, côté adriatique cette fois-ci, et embarquer à bord de l’énorme Minoan lines à destination d’Igoumenitsa, mais ceci est une autre histoire… Les Pouilles, qui ont les faveurs des circuits touristiques depuis quelques années, recèlent aussi de très beaux paysages et de charmants villages ambiance Soleil des Scorta plus au Nord, sur la presqu’île du Gargano, mais c’était un peu loin pour nous.

Saint Padre Pio, au coin d’une rue.
Rayon bidets du Leroy Merlin de Brindisi.

Notre premier mois de voyage, 100% italien, de Vintimille à Brindisi en passant par Syracuse s’achève donc. Février s’ouvre sur la promesse de vaklavas et d’ouzo à l’ombre – certes décorative en cette saison – d’un olivier millénaire, un komboloi entre les doigts. A suivre.

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3 réponses à Au pays des Trulli

  1. Sarah dit :

    Ah ces bidets. Je n’ai jamais compris pourquoi ils n’ont pas de succès en France. Matera, où le tourisme a augmenté depuis le dernier James Bond aussi , avec une belle poursuite dans une voiture de rêve en essayant de tuer aucun mouton bien sûr hihi. Ciao alors et bonne continuation en Grèce. Hâte de voir la suite. Bises

  2. MaieM dit :

    Merci, merci les bourlingueurs pour ces belles photos… Quelle aventure et quel plaisir de vous lire et vous relire, on ne s’en lasse pas !
    Bon vent et à bientôt…

  3. Spanu dit :

    Vous n’avez que du ciel merveilleusement bleu ou ce sont les sélections de photos qui amènent un biais ????!!!!
    Cette année, je trouve la grisaille très présente… et pesante…
    Bonne suite de voyage en Gréce !!! Vous allez encore vous régaler (les papilles, les mirettes …)!!!

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